Skip to main content

Comment envisager l’augmentation du salaire minimum dans une industrie où les marges sont faibles

Le rythme de la hausse des salaires pourrait faire une grande différence pour les opérateurs, les membres du personnel et les clients

Les efforts en faveur de l’augmentation des salaires minimums prennent de l’ampleur. Et les restaurateurs doivent comprendre ce qui se passe. Les principales questions à se poser sont les suivantes : quels effets auraient ces augmentations sur les entreprises qui dépendent grandement d’employés payés à l’heure? Qu’adviendrait-il des salariés au pourboire? Quels sont les avantages et les inconvénients de ces hausses?

En janvier 2016, le salaire minimum se situait entre 10,30 $ l’heure (Nouveau-Brunswick) et 12,50 $ (Territoires du Nord-Ouest). Cependant, la plupart des provinces permettent un autre taux légèrement plus bas, soit entre 9,05 $ et 10,70 $, pour les employés à pourboire des restaurants, bars, etc.

Le chef du NPD Thomas Mulcair avait placé l’augmentation fédérale du salaire minimum à 15 $ l’heure au cœur de son programme électoral. Bien qu’il ait perdu l’élection, plusieurs provinces envisagent toujours de hausser considérablement le salaire minimum. En Colombie-Britannique, la fédération des travailleurs et d’autres organisations se battent en faveur de cette augmentation. Même chose en Alberta, où la nouvelle première ministre Rachel Notley a réaffirmé son engagement à instaurer d’ici 2018 un salaire minimum de 15 $. Elle voudrait aussi éliminer dès cette année le taux distinct pour les salariés au pourboire. 

Des possibilités à explorer

Restaurants Canada a lancé une campagne demandant au gouvernement de l’Alberta de revoir ses plans. « Les propriétaires de restaurants ne sont pas contre l’augmentation du salaire minimum, mais ils veulent que ça se fasse à un rythme acceptable pour les entreprises ayant beaucoup de main-d’œuvre et une marge de profit très faible », déclare Mark von Schellwitz, vice-président de Restaurants Canada pour l’Ouest canadien. 

Selon une enquête de l’organisation réalisée en Alberta, 98 % des restaurateurs pensent qu’une hausse du salaire minimum à 15 $ d’ici 2018 aurait des effets « très négatifs ». De plus, 89 % d’entre eux affirment qu’ils seraient forcés d’augmenter leurs prix et 49 %, de procéder à des mises à pied.

Restaurants Canada estime que l’augmentation obligerait, par exemple, un restaurant moyen comptant 25 employés à couper trois postes ou 3 300 heures de travail.

« Une hausse si importante et si rapide du salaire minimum ne ferait que nuire aux gens que le gouvernement veut aider », ajoute M. von Schellwitz. Il fait remarquer que l’industrie de la restauration constitue le quatrième employeur du secteur privé en importance de la province. Les coupes auraient donc une incidence majeure sur l’économie.  

Restaurants Canada s’oppose aussi à l’élimination du taux pour les salariés au pourboire. « Grâce au pourboire, les serveurs gagnent souvent beaucoup plus que le salaire minimum, explique-t-il. L’augmentation aurait pour effet de réduire les heures de travail et le pourboire, donc le revenu global. » 

En plus de conserver ces deux taux, Restaurants Canada propose également d’instaurer un taux de premier échelon visant à encourager les restaurants à offrir un premier emploi aux étudiants. « Aux États-Unis, ces mesures existent déjà et elles sont efficaces », affirme M. von Schellwitz.

Les travailleurs très qualifiés sont ceux qui ont le plus à gagner

Bien sûr, l’augmentation du salaire minimum comporte aussi des avantages. Des salaires plus élevés rendraient ce secteur plus concurrentiel pour les travailleurs hautement qualifiés, soutient Ken Wasco, directeur d’Efficacité client chez Service alimentaire Gordon. En outre, certains pensent que la hausse, particulièrement si on élimine du même coup le taux pour les salariés au pourboire, simplifierait la tenue de comptes pour les restaurateurs.

Néanmoins, la grande question demeure la suivante : l’augmentation mettrait-elle vraiment des entreprises au bord de la faillite?

Voyons voir ce qu’en pensent nos voisins du sud. Juste après l’augmentation du salaire minimum, quelques restaurants de Seattle ont fermé leurs portes. Comme certains affirmaient que c’était dû à la hausse, le Seattle Times a décidé de se pencher sur la question. Dans un article paru en mars 2015, puis mis à jour en janvier dernier, le quotidien soutient ne pas pouvoir établir de lien entre la hausse et les fermetures, principalement parce que ces dernières ont eu lieu avant l’entrée en vigueur de celle-ci. Par ailleurs, les salaires sont augmentés graduellement : pour les gros employeurs (plus de 500 travailleurs), le salaire minimum devra atteindre 15 $ d’ici 2017, alors que pour les autres, ce taux n’entrera en vigueur qu’en 2021. Depuis avril 2015, le salaire minimum est fixé à 11 $ l’heure. 

Même si l’augmentation n’a pas causé de fermetures massives, elle a toutefois obligé les restaurateurs à réfléchir à des façons de la gérer. Selon l’article, les franchisés d’une sandwicherie nationale ayant pignon sur rue à Seattle ont envisagé d’augmenter certains prix ou de procéder à une hausse globale de 4 %.

Pour l’instant, vous pouvez vous « réjouir » du fait que, si cette hausse a bien lieu, vous aurez le temps de vous y préparer et d’évaluer les possibilités… et qu’il n’est peut-être pas trop tard pour vous opposer à cette marée montante.