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Ouvrir la porte à la communication

Ouvrir la porte à la communication

Pour les personnes atteintes de troubles de la mémoire, une approche personnalisée et humaine fait toute la différence.

Il est 2 h 30 et M. Phillippe déambule dans le corridor. Il remarque quelles portes sont fermées, jette un œil à l’extincteur sur le mur, vérifie si les tapis d’entrée sont bien lisses, puis s’immobilise pour regarder l’écran de la télé, avant de poursuivre son chemin et d’aller examiner les verrous des fenêtres. Si, à cette heure de la nuit, il semble logique de l’arrêter et de le ramener dans sa chambre, ce n’est pas le cas pour lui. Avant que l’Alzheimer ne s’installe, il était gardien de nuit. En perturbant sa routine, on risque de déclencher une crise.

Pour garantir une bonne communication entre le personnel soignant et les personnes atteintes de démence, on doit en savoir le plus possible sur elles. Pourquoi? Parce que chaque cas de démence est unique en son genre. En effet, de nombreux facteurs peuvent causer des problèmes de mémoire : médicaments, AVC, Parkinson, etc. La forme de démence la plus connue demeure toutefois l’Alzheimer. Mais encore là, la pensée et le comportement varient en fonction du stade de la maladie et de la partie du cerveau la plus touchée. Bref, toutes les démences ne sont pas identiques.

« Comme on ne voit pas concrètement la maladie, il est difficile de savoir quand le cerveau provoque des changements de comportement ou de personnalité », soutient Lisa Misenhimer, travailleuse sociale et directrice de Rethinking Dementia, à Grand Rapids (Michigan).

Quand quelqu’un a le bras cassé, on s’attend à ce qu’il ait de la difficulté à manger. Malheureusement, avec la démence, on ne peut constater le déclin des fonctions cérébrales qu’une fois, disons, qu’un résident arrive à peine à tenir sa fourchette. Dans ce cas, la personne a aussi plus de difficulté qu’une autre à expliquer pourquoi les choses se passent ainsi. L’organisme sans but lucratif de Mme Misenhimer œuvre donc auprès de prestataires de soins en vue d’améliorer la communication entre le personnel et les personnes atteintes de démence et d’Alzheimer.

Accueillir les débordements par une diversion

La démence peut provoquer de nombreux écarts de comportement. Il arrive aux personnes qui en sont atteintes de proférer des obscénités, se déshabiller, empoigner quelqu’un, l’étreindre ou le repousser, ou encore s’enfermer dans un état semblable à la dépression. Selon Mme Misenhimer, cela survient généralement quand un besoin n’est pas satisfait. Il faut donc commencer par reconnaître les besoins, puis développer de bonnes capacités de communication en vue de gérer les débordements.

« Ils sont parfois fatigués, ont faim, sont effrayés, ressentent de la douleur… ou ont simplement besoin d’aller à la toilette », explique Mollie Richards, qui, avec son époux Ralph, travaille pour la section de la région du Grand Indiana de l’Alzheimer’s Association. Ils ont consacré une grande partie de leur vie à étudier l’Alzheimer, à participer à la recherche d’un traitement et à sensibiliser les gens aux effets de la maladie et aux soins adaptés à offrir.

Quand un comportement inapproprié survient, laisse savoir Mme Richards, la plupart des gens vont instinctivement chercher à réagir rapidement. Pourtant, ce qui fonctionne le mieux, c’est plutôt la diversion. « On doit proposer à la personne d’aller faire une promenade, d’écouter de la musique apaisante ou de déguster un de ses aliments préférés, conseille-t-elle. On ne gagne rien à argumenter. »

Mais pour que la diversion soit efficace, il faut disposer du plus de renseignements personnels possible sur le résident : l’endroit où il a grandi, le métier qu’il a exercé, ses passe-temps, les voyages qu’il a faits, etc. On doit aussi surveiller l’heure, car nous sommes des êtres d’habitude. La routine des gens se déroule selon un horaire assez constant.

« C’est un peu comme d’examiner les pièces d’un casse-tête avant de savoir à quoi le résultat final va ressembler », explique Teepa Snow, spécialiste de l’Alzheimer, dans un webinaire sur les techniques de communication. Pour mieux faire diversion, elle insiste sur l’importance de connaître la personne au-delà de sa maladie. Elle recommande aussi de privilégier un contact sur la main plutôt que sur l’épaule, une approche moins envahissante.

Parler le langage de la compréhension

La communication, autant verbale que non verbale, nécessite certains ajustements. Pour aider le résident à traiter l’information, il importe de bien choisir ses mots, de parler lentement et de répéter ‒ à l’aide des mêmes mots. On doit aussi regarder la personne dans les yeux, utiliser des mots concrets, éviter de parler fort ou sur un ton colérique et ne jamais employer un langage enfantin.

« Ce sont des adultes. On doit donc les traiter comme tels, soutient M. Richard. Ces personnes sont atteintes d’une maladie, et elles ont droit à la dignité. Nous traitons les gens suivant l’étiquette que nous leur mettons. »

On doit aussi savoir que la confusion est souvent grande à l’heure des repas. Le choix d’un plat peut s’avérer tout un défi. On a donc avantage à simplifier le processus. Par exemple, au déjeuner, on peut se contenter de proposer des œufs ou des céréales. D’après Mme Richards, pour éviter la confusion, on peut également apporter les aliments un à la fois ou dans des plats séparés.

De plus, il faut savoir que l’activité incessante dans la salle à manger a aussi tendance à créer une surcharge sensorielle. Les voix provenant des tables à proximité, la musique et même le bruit de la tondeuse à gazon à l’extérieur peuvent vite devenir accablants.

D’après Mme Richards, les résidents doivent recevoir toute l’attention dont ils ont besoin. On doit s’asseoir à côté d’eux, à angle, pour établir un contact visuel et leur sourire tout en leur parlant.

« Comme c’est une activité sociale, on peut leur demander quels plats ils préfèrent manger ou cuisiner, ajoute-t-elle. Puis on leur décrit les aliments dans leur assiette et on leur mentionne qu’ils ont l’air appétissants et sentent bon. »

L’environnement influence grandement le comportement, affirme Mme Misenhimer. La surstimulation et son contraire peuvent entraîner de l’agressivité. Le personnel soignant doit donc être au fait des déclencheurs et des réactions possibles. Mais par-dessus tout, il doit offrir une attention personnalisée.

« Ce n’est pas parce que quelqu’un oublie une chose ou un souvenir qu’il perd pour autant son identité. Les gens ont toujours besoin de se sentir en sécurité et d’avoir un but », conclut-elle.

Aspects à retenir

Quelques conseils de Mme Misenhimer pour améliorer la communication orale :

  • Parler lentement et clairement.
  • Bien articuler chaque mot.
  • Poser une question à la fois. Répéter exactement de la même façon, au besoin.
  • Laisser le temps à la personne de répondre. Il faut parfois plus d’une minute pour comprendre les mots.
  • Parler à voix basse et d’un ton normal (pas enfantin).
  • Éviter de parler de la personne comme si elle n’était pas dans la pièce.

Soins centrés sur la personne

Ce qu’une personne atteinte d’Alzheimer aimerait vous dire :

  • Je suis la même personne qu’avant mon diagnostic.
  • Je tiens à mon indépendance. Demandez-moi ce que je suis à l’aise de faire.
  • Je veux rester éveillé et participer.
  • Ne supposez rien. Les manifestations de l’Alzheimer varient d’une personne à l’autre.
  • Demandez-moi comment je vais. J’ai simplement une maladie, comme le cancer ou un trouble cardiaque.
  • Parlez-moi directement. Je peux toujours avoir des discussions enrichissantes.
  • Ne vous éloignez pas de moi. Votre amitié et votre soutien me sont précieux.

Source : Alzheimer’s Association

 

Alzheimer : règles d’or de la communication 

  1. Éviter d’argumenter; plutôt acquiescer.
  2. Éviter de raisonner; plutôt détourner l’attention.
  3. Éviter d’humilier; plutôt distraire.
  4. Éviter de sermonner; plutôt rassurer.
  5. Éviter de demander de se rappeler; plutôt évoquer.
  6. Éviter de dire « Je vous l’ai dit »; plutôt répéter.
  7. Éviter de dire « Vous ne pouvez pas »; privilégier « Faites de votre mieux ».
  8. Éviter d’ordonner ou d’exiger; plutôt demander ou guider.
  9. Éviter de mépriser; plutôt encourager ou féliciter.
  10. Éviter de forcer; plutôt renforcer.

Source : Alzheimer’s Disease: Help and Hope ‒ Jo Huey